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Frédéric Anthone

mar 8 ao 2006

08 08 2006

"Lors de mon voyage en Inde en 1999, j’ai pu approfondir un travail commencé depuis 1992 sur les familles en état de Servitude pour Dettes (esclavage), employées dans les briquetteries."

Frédéric Anthone

Découvrez le travail de Frédéric Anthone sur les briquetteries du Bengale. Merci à Fred de permettre à ASHA BENGAL de le mettre sur notre site.

Article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme : "Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes ses formes."

Ces familles appartiennent aux plus basses castes de la société indienne et sont pour la plupart agricultrices. Pour une mauvaise récolte, la maladie de l’un des membres, ou pour constituer la dote de leur fille, elles doivent emprunter une somme d’argent souvent minime à l’usurier du village. Afin de pouvoir rembourser une partie de la dette contractée (les taux d’intérêt extrêmement élevés pouvant aller jusqu’à 100%) ces familles sont dans l’obligation de migrer pour trouver un autre travail. Souvent originaires du Bihar, de l’Uttar-Pradesh, de l’Orissa, les états les plus pauvres de l’Inde, elles parcourent des centaines de kilomètres pour vivre huit mois de l’année dans des baraquements insalubres loin de leur village.

Ce système savamment entretenu par les gros propriétaires terriens peut être assimilé à de l’esclavage car à la mort des parents la dette retombe automatiquement sur la tête de leurs enfants et ainsi de suite de génération en génération.

Les briqueteries du West Bengale (région de Calcutta) comptent parmi les plus grosses de l’Inde. On en dénombre une cinquantaine employant chacune jusqu’à 300 personnes. Là, les familles originaires du Bihar sont soit musulmanes, soit des tribus Santhals. Composées de quatre à cinq membres travaillant du lever au coucher du soleil elles fabriquent un millier de briques par jour pour un salaire ne dépassant pas cinquante Roupies (huit Francs). La plupart étant illettrées, donc dans l’impossibilité de comptabiliser leur travail, elles se font exploiter par les gros propriétaires.

Ce sujet se propose donc de montrer aux travers des différentes étapes du travail, les conditions de misère extrême que ces familles endurent. La blondeur des cheveux de leurs enfants n’étant que le signe évident de la malnutrition.

Les longues cheminées des briqueteries qui s’élancent vers le ciel font partie intégrante du paysage du sous-continent indien. On en dénombre plus d’une cinquantaine rien que dans la région sud de Calcutta, employant chacune jusqu’à 300 personnes.

Dans les villages du Bihar des milliers de familles sont en état de servitude pour dettes (esclavage).

Cette famille s’apprête à passer huit mois de l’année (décembre à juin) dans la fabrique. Elle se trouve à des centaines de kilomètres de leur village. Toutes les générations sont chargées de fabriquer un millier de briques au minimum dans leur journée de travail.

Le travail débute par l’extraction de la glaise qui servira de matière première à la fabrication des briques. Les familles des petits esclaves pensent que leur statut de servitude est dans l’ordre des choses et qu’il est impossible de modifier un destin imposé par le cycle des réincarnations.

Une fois extraite, la glaise sera acheminée par les femmes sur les lieux ou elle sera travaillée.

Il travaillent du lever jusqu’au coucher du soleil avec une pose uniquement de deux heures pendant la période la plus chaude de la journée. Comment, dans un tel contexte, l’éducation peut-elle être une priorité ?

En 1992, les longues cheminées sur le bord de la route qui mène de Delhi à Agra m’intriguaient. Je décidais donc de visiter l’une de ces briqueteries et découvrait alors ce qui peut être comparé à l’Enfer sur Terre.

Pendant de longues heures sous une chaleur torride et un taux d’humidité pouvant atteindre 90% cette petite fille tournera un millier de briques afin qu’elles sèchent correctement avant la cuisson. La blondeur des ses cheveux et ses jambes arquées sont les signes évident et tragiques de la malnutrition.

Bien que débordant d’amour et d’affection pour leurs enfants, les parents n’ont d’autres possibilités que de faire travailler leurs enfants pour que survive la famille.

Les enfants des villages reculés du Bihar sont pour la plupart illettrés et à la mort de leurs parents, la dette retombera automatiquement sur leur tête et ainsi de suite de générations en générations. Le quasi totalité des enfants esclaves sont issus des plus basses castes.

Tout bébé, ces enfants sont élevés dans cet univers de boue et de poussière.

La malnutrition, les dysenteries, la tuberculose, le manque de soins et de médicaments font que la mortalité infantile est extrêmement élevée.

Le silence qui règne dans une fabrique est impressionnant car tout le monde s’active rapidement. Il est uniquement rompu par le coassement des corbeaux et par le tintement des moules sur le sol.

Pendant la mousson les briqueteries arrêtent leur activité et les familles peuvent retrouver leur village et cultiver le lopin de terre que leur loue le Zamindar.

La cuisson terminée, les fours sont vidés de leur contenu et c’est une vraie fourmilière qui s’active dans un nuage de poussière (plus de 200 personnes) sous l’œil du contremaître.

A chaque passage, elles transportent 20kg et reçoivent un jeton. Leur rémunération sera en fonction du nombre de transports effectués dans la journée.

Presque tous les Etats indiens possèdent des briqueteries et le mode de cuisson varie selon les régions. Les hommes sont employés à la cuisson et alimentent le four en bois.

Les problèmes de dos débutent très tôt vu les charges transportées. Les plus petits transportent 3 à 4 briques soit 10kg, mais ils courent !

La campagne dure 7 mois et c’est uniquement à la fin que le salaire sera versé aux parents. : 660 roupies par mois (13 euros). Vient en déduction la nourriture (40 roupies par semaine) ainsi que les frais de voyage jusqu’au village.

Une fois le four refroidit, les femmes peuvent récupérer le charbon de bois qui leur servira pour cuisiner et se chauffer.

Les baraquements insalubres où s’entassent les familles pendant 8 mois de l’année sont situés sur leur lieu de travail.

Qu’il semble loin et incertain le chemin vers une vie meilleure.

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